Fragmenter le continu

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Certaines parties de ce texte sont en lien direct avec les textes précédents, et, plus particulièrement : délivrer le message du continu

Avoir conscience de l’opposition entre le continu et la fragmentation exprime le désir de ne pas rester à égale distance d’une chose, mais s’en approcher pour tenter de la comprendre, et, s’en séparer afin de la nommer selon ce qu’entend une entité biologique. Ce qui s’étend dans le continu comme ce qui s’en sépare par fragmentation est le schéma sonore d’une nouvelle entente. Le son est le souffle d’une chose. Il est la chose avec laquelle une entité biologique entre en relation avec une chose. Le son est une chose qui reste à égale distance d’elle-même et d’une chose. Il n’est pas une chose, mais ce qui s’exprime d’une chose, ce qui passe à travers une chose au-delà d’elle-même. Il transporte, dans son partage, ce qu’est une chose. Et une chose subsiste dans le son tel un transport qui lui permet de franchir les espaces afin de ne plus être à égale distance.

Le son, étant un fragment de l’immédiateté, oriente une entité biologique vers un paysage où une multitude de fragments s’entrecroisent tels des échos qui semblent échanger quelque chose : peut-être une parole. Le son traverse les corps du monde, se répercute dans un ailleurs continuel et fusionne avec les formes naissantes, ces embryons de connaissances. Il est identique partout où il passe sauf que pour chaque entité biologique il prend une signification distincte. Nourri des formes capturées par une entité biologique, il porte chacune d’elle vers un ailleurs indicible où il existerait libre de toutes formes pour, à nouveau, fusionner avec d’autres entités afin de transmettre les formes de ces entités qui inscrivent en lui leurs expressions, leurs présences.

Le son est un tout appelé à être une fragmentation. Une chose subdivisée d’elle-même et par elle-même. Il passe de corps en objets, d’entités en entités par simple fusion avec eux, avec elles. Il est cette forme primitive lorsqu’une entité biologique le nourrit d’un ensemble de formes qui le couvrent. Il est, tout à la fois, une chose et une autre chose. Telle est sa fragmentation, son opposition à la continuité dont il trace pourtant les contours immédiats en étant ce qu’il répercute et résonne en chaque être. Il génère une tension, par le biais de cette opposition qui construit et détruit continuellement ce qu’il est et l’environnement dont il est l’écho.

Cette opposition est constitutive des formes embryonnaires exprimées par une chose : elle exerce une tension vers elle-même et son opposé afin de faire apparaître quelque chose d’autre. Ce qui est imité dans le son est ce qui est illimité dans une chose. C’est par là que la rencontre s’établit, que le lien se tisse entre une chose et le son, que la connaissance tire une première forme, encore embryonnaire, mais elle porte, déjà, l’espoir d’une approche cognitive sans pour autant qu’elle soit ou qu’elle devienne une connaissance comme l’entend l’être humain. Elle est simplement présente sans autre signification que sa présence, et, c’est en cela qu’elle est imitation d’une chose.

Les séquences imités

Les séquences imités du son produisent une série de copies initiées à partir d’une chose, illimité. Les séries de copies expriment leurs limites pour chaque élément de la série et imitent l’illimité d’une chose par ce moyen, mais il n’est pas nécessaire que les séries soient des copies d’une chose par subdivision de celle-ci. Autrement dit, une chose n’est pas nécessairement la cause des séries de copies. Ces dernières sont là, par leurs présences mêmes tout comme une chose. Il est tout à fait possible que ces deux éléments existent sans qu’aucune entité biologique n’en atteste leurs présences. C’est ce qu’il s’est produit durant des millions d’années sur notre planète. Fort malheureusement, en dehors de nous êtres humains, aucune des espèces ayant vécu avant notre existence n’ont transmis d’une quelconque manière que ce soit leurs perceptions de leur monde.

Dès lors, les embryons de connaissances qui en surgissent peuvent représenter, pour un être humain, quelque chose de l’ordre de significations primordiales ou encore des propriétés qui seraient corrélatives à cette opération de l’imitation en ce sens qu’elle est une représentation humaine non pas ce qu’elles sont réellement. Elles sont les formes entendues par l’humain où il y décèle une initiation venue d’une chose afin de capturer dans l’espace et le temps la signification des éléments distincts jusqu’à ce que ces changements d’états tendent vers la stabilité ou, encore, redeviennent une chose. Ainsi ces significations primordiales sont les conséquences apparentes de la soumission d’une chose à la forme, à l’espace et au temps. Et les propriétés qui s’en dégagent sont les apparences de ces choses qui ne sont plus une chose, mais un changement d’état. De changements d’états en changements d’états, ces séries d’imitations arrivent vers une nouvelle expression par le biais d’une entité biologique susceptible d’attester leurs présences en remarquant que ceux-ci sont des éléments qui se distinguent selon des propriétés spécifiques.

Le son est cette remarquable imitation qui signe une chose et résonne en l’être humain comme un horizon infini dont la destination finie est l’expression contenue dans cette forme sonore. Ce qui semble déterminer ce qu’est un être humain par l’horizon des expressions d’une chose contenues dans le son et ses séries de copies. L’humain y entend sa propre finitude, ce qui le détermine comme copie.

En conséquence, parler d’une chose signifie que celle-ci a été reconnue par l’être qui en « parle ». Il peut en dire ceci ou cela, affirmer ou nier, Or ce dont il « parle », ce n’est pas d’une chose, mais bien des autres choses qui transparaissent à travers le son et ses séries comme si pour comprendre ces autres choses il avait besoin d’une chose afin de pouvoir nommer. Il confère l’apparence de l’illimité, de l’immuabilité, de l’immortalité et de l’éternité au nom comme à une chose, puis aux séries il leur octroie les mêmes propriétés, mais contraires. Une copie ne peut échapper à l’espace et au temps, une chose le peut. Ce qui exclut du vivant une chose alors que celle-ci, si on lui accorde une fonction intentionnelle, peut contenir le vivant comme une de ses images.

L’interpolation entre une chose et ses copies se constitue sur cette frontière située entre les deux. Un horizon commun que chacun voit, mais ni l’un ni l’autre ne peut l’atteindre sans se transformer, sans changer d’état. Par cette relation d’égale distance, l’humain exprime une conception différente de son état changé, modifié par le milieu dans lequel il vit. Il perçoit une chose comme une forme floue et primitive dont l’approche est affaire de données.

Les données sont cette conception de la raison qui observe les séries de copies et y voit des ensembles sur lesquels il est possible de projeter une chose non pas telle qu’elle est, mais telle qu’elle apparaît à travers les séries de copies. Puis, tout au loin, une forme floue, indéterminée transparaît, une forme primordiale laquelle contiendrait toutes ces séries en une relation cohérente dont l’expression affirmerait une chaîne de significations qui transparaîtrait telle une empreinte à l’intérieur de ces séries. Une sorte d’archétype. L’avantage de cette empreinte permet de limiter la grandeur du monde aux seules régions perceptibles laissant la plus lointaine, celle qui est au-delà de ces perceptions visibles, comme forme, comme source éventuelle, qui ne peut être connue donc appartenant à l’organisation indivisible du flou, elle n’a pas besoin nécessairement de l’opération de la raison.