illustration

Oubliée par le temps

Cet accès direct à une chose fut oublié et disloqué par la temporalité des oscillations du monde devenant une inversion temporelle1 ; en ce sens que le passé représente un état plus avancé que le présent ou encore un « futur» qui, irrémédiablement, régresse vers un état « présent » de plus en plus déstructuré. Il ne peut plus être un développement du temps dans lequel les embryons de connaissance évoluent d’unités simples vers des unités plus complexes, mais dans lequel les embryons de connaissance régressent vers des stades de plus en plus simples pour ne devenir que des approximations. En quelque sorte, le monde actuel dans lequel nous vivons ne serait que le passé, plus primitif, d’un autre monde plus élaboré autrefois dont il aurait été notre futur. Cette involution n’empêche cependant pas qu’il y ait une évolution à partir de ces éléments simplifiés. Sauf qu’ils ne pourront pas retrouver leurs états antérieurs. Tout ce que nous imaginons être une avancée vers le futur n’est, en fait, qu’une régression continuelle d’un passé  beaucoup plus élaboré.

L’accès direct à une chose désigne une forme spécifique des embryons de connaissances par laquelle l’inversion temporelle stipule une régression de la perfection de sa forme propre en éléments de compréhensions déstructurés et de plus en plus approximatifs à partir desquels toute reconstruction évolutive n’exprimerait qu’un mode de connaissance affaibli par rapport à une chose. En renversant à nouveau la temporalité : ce mode de connaissance affaibli par l’entremise de ces éléments simplifiés devient le point d’accès à un mode de connaissance plus général et abstrait.

La régression d’éléments autrefois plus complexes vers des éléments plus simples restitue à l’univers cognitif et aux mondes connus la faculté de faire disparaître tout ce qui est illimité, éternel, immortel, purement aléatoire, beautés jalousées par beaucoup, afin de laisser transparaître une niche où se développent un ensemble de relations cohérentes entre elles dans lesquelles les notions de temps, d’espace, de limites sont en germes. Autrement dit : la direction temporelle pour une chose n’a pas de sens hormis celle que nous lui attribuons afin d’instaurer une cohérence historique. Pour une chose le temps n’est qu’un ensemble continu de relations sans historicité. Ce même ensemble continu de relations constitue son espace propre à l’intérieur duquel les « choses qui sont » peuvent se configurer en différents états avec des durées multiples.

La conquête d’une chose n’est pas aussi simple que prévu : s’emparer de celle-ci la transforme en autre chose, et, ce quelle que soit la direction temporelle prise. Elle amène à des conceptions toutes plus étranges les unes que les autres. Curieusement un équilibre naît par ces contradictions en schémas qui s’opposent nécessairement. Une chose n’est plus une chose, mais quelque chose d’autre. Une apparence qui ne veut pas se soumettre au « décret du temps » dont il est une de ces propriétés les plus fascinantes.

En conséquence, ce qui construit une chose façonne et précède sa représentation selon la direction temporelle choisie. Cette direction est le lien intermédiaire qui oscille entre la forme d’une chose et sa naissance au cœur de ses expressions relationnelles. Celles-ci ne sont pas destinées à être entendues tels des langues, des langages, mais comme conceptions d’un visible en train de prendre forme. Cette prise de forme, autre nom de la configuration, s’établit à partir d’une oscillation générant des liens perceptibles dont leurs fins est d’apparaître comme quelque chose de tangible, des connecteurs, tirée d’une chose qui se transforme.

Toutefois cet accès direct à une chose est farouchement gardé, semé d’embûches et de faux-semblants. Il peut perdre n’importe qui, y compris moi-même qui pense pouvoir en dire quelque chose. Il guide vers le chemin d’une chose sans avertir qu’il est peut-être déjà autre chose. Une chose, les choses et l’accès direct forment trois accès qui restent à égale distance les uns des autres sans même être certain de pouvoir leur attribuer une direction temporelle ou une autre ni même une série de relations cohérentes. Ils se déplacent les uns par rapport aux autres sans distinctions possibles.

L’entité biologique que nous sommes, comprenant cet étrange état de choses, tentera de saisir par une chose le moyen de conquérir la « flèche du temps » et de la dépasser. Il y a, peut-être, dans la temporalité même quelque chose d’autre, un accès qui autoriserait une inversion de la direction. Un autre reflet d’une chose à acquérir : un intermédiaire saisissant, dans son ampleur, autre chose qui s’imprégnerait facilement dans notre connaissance.


  1. Voir le fameux mythe des âges régressifs des différentes races humaines dans « les travaux et les jours », Hésiode.↩︎