400 euros, en échange de Pauvre, Oisif, Fraudeur

par jean-marc juin

17/01/09

400 euros pour vivre,
400 euros à dépenser 
en un mois
sans savoir comment 
manger correctement
payer correctement
sortir correctement
vivre avec un minimum 
de dignité.

Un loyer à payer, 
de la nourriture à payer, 
des factures à payer, 
des habits achetés 
à deux euros pièce, 
déjà limés 
mais assez solides pour ne pas 
être habillés de guenilles. 

Et en plus ils nous promettent
de plus en plus de contrôles, 
de la CAF, en étudiant notre 
niveau de vie (sic !). 

Avec 400 euros, tout est cher.
Tout est toujours trop cher. 
Rien ne peut être acheté sans
que dans la bouche vienne l'expression
« trop cher ». 

Petits boulots 
qui rapportent quelques miettes. 
Parents, amis qui nous aident en fin de mois
afin de ne pas crever de faim.

Comme récompense : 
une convocation, 
un contrôleur de la CAF,
qui, sous le couvert de la loi,
véritable petit soldat de la misère,
assène sa triste vérité :
«Tu es un fraudeur». 

Un fraudeur parmi les fameux fraudeurs 
dont les médias nous tannent 
depuis maintenant plusieurs années.

Frauder c'est tous simplement 
ne pas crever de faim, 
ne pas se retrouver à la rue 
pour le plaisir d'être « honnête ». 

C'est aussi, parfois,
prendre le droit de se payer des loisirs, 
un resto, 
un ciné, 
un week-end,
participer un peu à la vie plutôt que de se
taper une vie de merde en payant le prix de
la fraude en plus.

Quand ils parlent de fraudes 
nous parlons de survie. 
Quand ils suspendent un RMI 
pour n'importe quel prétexte
et/ou réclament 
toutes les sommes versées 
par la CAF sur plusieurs années,
la seule solution est de réagir 
collectivement afin de faire annuler la
décision, de montrer votre colère à
l'état brut car ils ne savent pas
ce qu'ils font ni n'en ont conscience.

Ils répondront toujours qu'ils sont la
coupe de la loi et de la hiérarchier
mais rien ne les empêche de ne pas obéir.

Disputes et incompréhensions.
Que veulent-ils de plus ? 

Être pauvre n'est pas assez ?
Pas suffisant ?
Être pauvre ne suffira jamais.
Il faut être
Pauvre, 
Rmiste, 
Oisif, 
Fraudeur.

Il faut que tu tiennes ta promesse 
sinon tu n'auras pas droit à 400 euros !

Ne serait-ce pas la chose la plus
délicate qui brillerait dans le cœur 
de ceux, celles qui jugent avec
leurs dents prêtes à trancher 
qu'ils ou elles cachent derrière 
des sourires joyeux : 
Pauvre, Rmiste, Oisif, Fraudeur ? 

Pauvre parce que pas assez d'argent
mais aussi pauvre type, pauvre de toi
pauvre femme, fou, folle. 
Ne jamais l'oublier.

Rmiste incapable de travailler,
Soupçonné de n'avoir jamais travaillé 
et toujours assisté. Méprisé comme il
se doit. 
Ne jamais l'oublier.

Oisif qui ne fait rien de ses jours
Mais si tu fais quelque chose,
tu es un fraudeur.
Ne jamais l'oublier.  

Fraudeur parce que coupable aux
yeux des autres de recevoir 
400 euros sans travailler.
Punir est ton chemin. 
Ne jamais l'oublier.

Quelle est donc cette identité 
qui nous est donnée 
sans 
notre consentement,
notre avis,
notre personne,
ce que nous sommes ?

Quel est donc ce contrat social
Qui nous flanque 
une identité de pacotille
qui n'est jamais la nôtre
Mais celle 
des idéologues,
des politiques,
des données statistiques,
des journalistes,
des experts,
des discours sociaux,
des gestionnaires de la misère,
des pages psy des magazines,
Qui, mieux que nous, 
savent qui nous sommes,
ce que nous sommes,
et pourquoi
nous sommes pauvres.

Ils le savent tous et toutes
tellement bien qu'ils sont prêts
à nous offrir 
des lois,
des jugements,
des leçons,
afin de nous montrer que la raison est
avec eux, avec elles.
La raison de connaître
notre vie sur la base
de rumeurs (pour les infâmes), 
de statistiques (pour les journalistes),
de courriers psy (pour les stupides) 
d'analyses creuses (pour les donneurs de leçons),
de convictions erronées (pour les gestionnaires de la misère).

Ah ! Quelle fierté 
d'avoir 
été jugé,
reçu des leçons,
été pris pour une donnée sociale
sans que jamais l'humain
ne transparaisse vraiment.

Mais celui-là, l'humain, 
personne ne le voit
Car tous, toutes devraient
reconnaître qu'ils ont 
appliqué le masque du
grotesque, 
de la bêtise,
de la bouffonnerie
en transformant l'humain en
chose, 
objet,
truc,
machines,
données. 

400 euros pas mois et, en échange,
Nous devons accepter d'être à l'image
de ce monde : 
Pauvres
Rmistes
Oisifs
Fraudeurs.

Pourquoi vous nous en demandez autant ?

Je bois à la source le nectar,
Et te dis : «Tchin Tchin».