Aller #4 : délivrer la composition du message

par jean-marc juin

Une chose exerce toujours une tension vers quelque autre chose exprimée d’une manière différente, mais équivalente à elle-même. Elle se constitue comme une tension globale en ce sens que les limites de sa propre tension déterminent la structure de sa frontière qui lui donnera telle ou telle forme. Ce qui structure une chose lui est propre comparée aux autres formes distinctes qu’une chose peut prendre. La forme se signale telle une empreinte d’une chose par les points de référence formant à partir des limites ce qui détermine son équivalence.

Les limites sont le premier stade de l’apparition des points de références qui, eux-mêmes, ouvriront l’accès aux lois. Les limites s’organisent en une série de cohésions relatives les unes par rapport aux autres lorsque d’une chose transparaît ce schéma cohérent qui est en train de se structurer comme une forme figée. Une ou plusieurs séries d’équivalences fabriquent un ensemble de propriétés ouvertes à toute forme d’organisation possible mais dont les limites et les points de références terminent la forme. Une loi prend naissance par ces séries lesquelles donnent une forme à cette structure en train de se mettre en place.

Les lois ne sont que l’aboutissement ultime de la composition qui s’organise à partir d’une chose. Cette dernière ne « sait » pas ce qu’est une loi ; de même l’être ne le sait pas encore. Ce qu’il nomme loi est l’observation d’un point de référence émergent. En conséquence, ce qu’il « sait » d’une chose est l’émergence de ce point de référence qui renvoie vers une limite ; elle-même composition figée d’une chose sans vraiment savoir ce que sont et une chose et la loi. Ce qui se transmet par ces différentes étapes est la formation d’une trace de connaissance possible.

La forme que prendra telle ou telle loi parcourt le chemin des points de référence et des limites lesquels conservent l’empreinte d’une chose tel un embryon de connaissance ; la loi emprunte ce nouveau signal comme trace d’une chose passée non pas comme durée, mais comme une accumulation de couches successives et superposées, une composition de copies aux allures de palimpsestes. Dès lors ce qui s’exprime d’une chose dépend des propriétés contenues à l’intérieur des limites et qui surnagent dans les points de références pour, au bout, apparaître comme une loi qui est une auto-référence ; elle imprime sa propre référence en de multiples points afin qu’un être puisse en extraire quelque chose qu’il peut exprimer.

Ces points de références attestent, en quelque sorte, de l’apparition de nouvelles propriétés qui expriment des valeurs constantes ou variables de telle sorte que la continuité de l’empreinte qui se réfère à elle-même n’est autre que le chemin vers l’irréversible lequel exerce une tension vers des embryons de connaissances exprimés sous forme de lois (cette continuité n’a pas de durée). Autrement dit, lorsqu’un ensemble de propriétés ouvertes aux équivalences atteignent une cohérence dans la continuité alors un changement d’état devient probable, et, il se développe comme une auto-référence qui se copie aussi longtemps qu’il le peut par le biais de cette continuité. Ce qui s’exprimera, en conséquence, formera une loi dont le caractère sous-jacent est d’exercer une tension vers la connaissance. Et c’est là toute la beauté d’une chose ; sans continuité point de lois.

Tout le mystère se résout dans la continuité qui perpétue aussi longtemps que possible un changement d’état par la fabrication continue et constante d’une copie de copie de copie de copie, etc. Si dans cette continuité il y avait une durée alors la copie de la copie de la…. se trouverait confrontée à l’irréversible. La copie d’une chose, transformée par les limites et les points de référence, mais dont la structure détermine une équivalence entre la copie et son original n’est plus une chose mais autre chose qui se meut dans la durée. Les lois autorisent alors la description d’un mécanisme de relations et de variations au sein d’une durée dont les limites temporelles en sont les terminaisons au-delà desquelles il est impossible de saisir une chose même si, par ce chemin rebroussé, un être perçoit qu’il y a, encore, autre chose.

Les copies se subdivisent en autant de structures qui régissent l’organisation des compositions embryonnaires de connaissance. Elles sont les références précises de ces mêmes compositions ; elles en déterminent les multiples structures afin de devenir ce qui est pour l’être qui les observe : formes continuelles, elles contiennent des éléments de compréhension. Chaque composition exerce une tension vers l’extraction d’une loi qui dépend d’une chose et est telle que chacune d’elles se reconnaît par une structure précise, extraite d’une chose.

Les points de référence puisent dans les limites leur organisation par imitation, ainsi, de nouvelles propriétés avec de nouvelles variations apparaissent qu’un être peut nommer. Dès lors s’ouvre un espace d’extensions et d’orientations vers la connaissance. Paradoxalement, ce qui, pour nous, humains, devient l’expérience d’une expression d’un monde beaucoup plus vaste, n’est, en fin de compte, que l’apparence la plus étroite, la plus restreinte d’une certaine composition parmi tant d’autres compositions possibles. Elles n’ont aucune équivalences pour notre connaissance parce que ces dernières sont « en dehors » de ces mêmes références devenues irréversibles. Une connaissance allant à l’encontre des limites et des lois ne peut plus être une connaissance, située au-delà de l’irréversible et de la durée.

L’ensemble de ces compositions de connaissances varient en fonction de leurs relations des unes par rapport aux autres au regard de la description au sein d’une durée. Elles ne pourront jamais transporter, en elles, avec elles, une complétude mais un caractère fondamentalement incomplet. Pourtant, c’est le contraire que nous voulons : une chose comme sa copie devraient être complètes comme les descriptions qui les mettent en scène, ce qui les rendrait raisonnables et, par conséquent, philosophiques, et, belles comme la totalité d’une approche universelle de la connaissance (voir simples apparences, sources apparentes). Or il n’en est rien. Ces compositions sont constellées de vides qui jamais ne peuvent se remplir. Elles leur manquent une chose pour que le tableau des descriptions fonctionne comme un tout cohérent. Une copie, ce n’est pas une chose, mais ce qui est équivalent à une chose.

En conséquence une chose est beaucoup plus proche de la poésie que de la philosophie. Et c’est là tout le malheur de la philosophie ; elle ne peut que décrire la copie d’une chose alors que la poésie peut voir une chose telle qu’elle est et l’exprimer. La philosophie ne peut qu’aimer le discours qu’elle retire des descriptions entr’aperçues dans les relations alors que la poésie est au cœur de l’amour, elle est, de la relation, l’embryon de connaissance prêt à être découvert.