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Ne rien dire de conforme à la vérité parce qu’aucune vérité n’existe. Et « exister » n’est pas un symbole. Il n’y a rien. Telle est la manière d’être de la vérité : sa présence indique sa propre négation.

Dans ce monde où rien ne peut être dit de conforme à la vérité, il faut la créer, la fabriquer, la modeler, la manipuler, la travailler mais, aussi, et en même temps, lui mentir, la détruire, la briser, la salir, la faire disparaître.

Il faut lui créer un modèle tel un monde qui n’est pas encore généré, connu de personne, il faudra l’emplir de sons, de voyelles, de consonnes et de phrases là où elles peuvent se créer par elles-mêmes, en elles-mêmes.

La vérité apparaîtra alors tel ce monde généré comme quelque chose de vraisemblable par le biais d’un modèle qui façonne une réalité qui n’est en rien conforme à la vérité.

Dans ce modèle subjet et objet ne forment qu’une seule et même chose.

Cette chose ressemble, par métaphore, à une cellule. En son intérieur, il y a un caractère immuable dont la valeur semble être toujours la même. En son extérieur, il y a un caractère muable dont la valeur semble toujours être mouvante, changeante.

L’union de ces deux valeurs exerce une tension vers la connaissance. Entre elles naît une action réciproque et répétitive qui s’apparente à une interaction. Sujettes à de multiples mutations cette chose prend le signe de la polysémie du sens tel le chant des sons qui chercherait perpétuellement à s’accorder en une harmonie propre.

Cette chose est en relation constante avec elle-même, tiraillée entre son intérieur qui veut toujours tout ramener vers la stabilité alors que son extérieur cherche toujours le contraire. Leur union est le produit de l’attrait que l’un exerce vers l’autre, ils sont incapables de se séparer.

L’un comme l’autre sont à la fois et en même temps parties de l’un à l’autre, et, forment un tout. Ils peuvent apparaître comme manifestes ou cachés selon que l’une ou l’autre des parties exerce une tension vers la connaissance dans telle ou telle direction. Et cette tension forme l’horizon même de ce qui est connu.

La nécessité de l’horizon et de la chose provient de ce que l’un et l’autre justifient leur présence par l’impossibilité de l’absence de l’un à l’autre. Ainsi la chose se contient en elle-même comme nécessaire présence face à l’horizon et il en va de même pour ce dernier. Cette réciprocité est enveloppée, à son tour, par un être observateur qui se conçoit comme nécessaire présence par rapport à la chose et à l’horizon.

La stabilité de cet ensemble provoque une tension vers la connaissance aussi intangible qu’indéfinissable, aussi impensable que possible. Pour que cette tension soit réalisable d’elle-même et en elle-même, elle a nécessairement besoin d’une connaissance qui tire cet ensemble vers une forme : l’être. La chose et l’horizon pré-existent à l’être. Elles élaborent une tension dont l’être est la forme qui les enveloppe.

L’être décrit la chose telle qu’elle est selon ce qu’il croit en comprendre. Il sépare une chose en choses afin de s’en approcher. La chose est telle la distance entre l’être et l’horizon, toujours à égale distance.

« Ce qui est » est ce que l’être croit comprendre. Comprendre, c’est s’approcher des choses par la division. S’éloigner des choses, c’est se confondre avec l’horizon. Les choses sont toujours quelque part au-delà de l’être. Les placer ainsi, c’est les saisir telles qu’elles sont. Nul ne peut s’approcher ni s’éloigner des choses s’il ne peut rester à égale distance de la chose indivise qui est image de l’horizon.

L’être ne peut définir la chose, elle lui est indéfinie tel l’horizon alors que la chose a défini l’être en le formant.

Pour l’être :

Pour la chose :

Une chose n’est jamais la même par son début. De même toutes les autres choses ne sont jamais identiques lorsque le temps s’en mêle. Lorsqu’une chose se subdivise en une série de choses, elle génère une différence entre elle et les choses par l’opération de la division. Cette différence suggère la présence d’un temps primitif. Un embryon de temps qui indique une variation.

L’opération subtile qui s’établit ici modifie la perception première de l’être lequel nécessitait la présence réciproque et de l’horizon et de la chose. L’être substitue cette réciprocité en la remplaçant par le temps qui devient et la réciprocité dont l’être a besoin pour préparer la perception de ce qui se présente à lui et l’auto-constitution des séries.

Par ce biais le temps ôte la réciprocité à l’être puisqu’il se détermine comme le réciproque. Autrement dit, le temps apparaît comme le substrat supportant toute forme de réciprocité. Ainsi créé, il fabrique un monde différent en devenant celui qui modifie et la chose et l’horizon en sous-entendant qu’il leur pré-existe.

Il génère une oscillation variable dont les crètes sont la chose et l’horizon. Par ces différentes oscillations le temps a été remarqué là où sa présence a été attestée. Comme le temps est une variation, il rend possible la présence des choses à l’intérieur de son propre mode de perception : passé, présent, futur. Le temps, comme toutes les choses temporelles bloquées dans cette oscillation, est incapable de savoir ce qu’il adviendra et de la chose et de l’horizon. C’est l’être qui se charge de ce savoir.

Cette forme spécifique du temps prétend être une vérité puisque l’élément variable auquel il se réfère est lui-même une proposition rendue possible par une chose et l’horizon. La possibilité est la grâce du temps.

Le possible ouvre un espace. Il définit, à l’aide du temps, un être qui contient en lui-même l’expérience du possible. Cette expérimentation est possible parce qu’elle est la jonction et du temps et de l’espace. Cette jonction définit un lieu.

Dans ce lieu, une chose est, l’horizon apparaît et l’expérience possible de l’être est de les trouver par invention et création. Ce qu’il trouve par invention et création ne cesse de se transformer et d’évoluer en autant de formes qui sont telles qu’elles ont été, sont et seront.

Une chose ne peut produire que des choses qui sont semblables aux oscillations de telle sorte que ce qu’elles présentent à l’être puissent représenter pour ce dernier de nombreuses séries variables.

Ces séries se subdivisent et se réassemblent en de multiples choses différentes qui deviennent autres par la distinction d’elles-mêmes et déterminent toutes des possibilités.

Pour l’instant, ces séries aux formes variées ne se distinguent pas de l’être. Elles sont en contact permanent avec lui. L’effort de création et d’invention pour l’être sera de s’en séparer. Ainsi ces assemblages multiples et divers exercent une tension vers la connaissance en constituant une nouvelle sorte de chose, l’objet.

Si les choses exercent une tension vers la connaissance à causes de leurs présences temporelles et si la chose exerce aussi une tension vers la connaissance à cause de sa présence intemporelle, il en résulte que la connaissance propre de l’être n’est que le voile perçu de l’oscillation qui se superpose à la chose et à l’horizon. Autrement dit, l’oscillation se fixe dans l’objet et se perd dans la perception de l’être.

Plus l’être commence à percevoir ce voile plus il pose des questions relatives aux choses voilées mais au lieu de la conjonction de l’espace et du temps, il ne trouve pas des choses fixes qui seraient substituables par la constitution possible d’objets, il ne voit, en fait, qu’une oscillation qui varie dans les méandres de la chose et de l’horizon.

Chaque oscillation qui est extraite par une chose et l’horizon se meut afin d’assigner aux formes qu’elle reçoit une série de variations qui les relie entre elles. Elle engendre, par effet, une série de variations afin de les fabriquer et, en conséquence, être la cause de la relation.

Telle est l’expression de l’oscillation. La connaissance de l’oscillation est l’ensemble des variations qui se manifestent sous les formes apparentes de ces mêmes variations pour se transformer en relations. Elles rendent singulières ce qui est aux extrémités de chaque oscillation, une chose et l’horizon, en exerçant une tension qui parcourt le chemin de l’une à lautre en les reliant entre elles en une forme quasi impossible qui voudrait faire, en quelque sorte, et de l’horizon et de la chose, une seule et même chose qui serait à la fois universelle et particulière, muable et immuable, temporelle et éternelle.

L’oscillation exerce donc une tension vers des formes possibles de connaissance contenues dans l’expérience même de la tension. Ces formes possibles exprimées peuvent, parfois, devenir des objets ou d’autres choses qui sont inconnues pour l’être qui les observe.

L’objet est ce que la forme a tendue vers elle-même afin d’être à égale distance de l’horizon et de la chose. L’objet est donc une forme qui se superpose sur elle-même et devient expression comme élément de compréhension rendu possible par l’expérience. L’élément de compréhension est ce qui singularise la forme d’un objet en le rendant compréhensible par sa présence. Toutes les formes possibles de l’objet sont une seule et même chose dans sa racine : l’oscillation.

L’objet s’étant séparé de l’oscillation par superposition de formes exerce toujours une tension vers quelque autre chose exprimée d’une manière différente mais équivalente à elle-même. Il se constitue de telle sorte qu’il puisse s’assembler ou pas selon des relations qui sont propres aux formes distinctes de l’oscillation.

Les relations se subdivisent, à leurs tours, en autant de formes possibles qui organisent les relations selon l’expérience contenue dans les objets qui les expriment. Elles sont les formes précises qui délimitent l’objet et n’ont pas d’élément de compréhension propre.

Chaque forme qui peut devenir objet exprime ce qu’est une chose par le prisme de l’oscillation. Le prisme de l’oscillation est l’horizon de la chose, exprimé par les relations.