Enfants des usines, il est bientôt temps…

par jean-marc juin

Écoutez ceci.

Nous, enfants nés dans les bras des usines 
et la douleur inexprimable de nos parents ouvriers. 
Nos berceuses furent le bruit mécanique des machines. 
Nos souvenirs d'enfance
sont les visages lessivés, épuisés, atrophiés et figés 
de nos parents qui rentraient chaque soir.

Nous, enfants d'ouvriers et des usines,
nous nous souvenons de la douleur du travail
que nos parents ne pouvaient exprimer clairement. 
Nous nous souvenons du choc économique
que le monde industriel a creusé en eux.

Voici en un temps assemblé toute la violence
que le monde industriel distille pour toute une vie. 
Voici la violence réelle qui existe dans le travail et l'usine.

Écoutez, Écoutez bien.

Et sachez cela : 
nous, enfants nés dans les bras des usines
et la douleur inexprimable de nos parents ouvriers,
nous ne voulons plus ressentir cela
ni le vivre une autre fois
et porter en nous cette douleur inexprimée durant notre vie.

Dans le secret,
nous nous préparons à changer la face du monde,
à faire de vos exploitations de nouveaux dieux,
de nouveaux mythes
qui viendront vous écraser comme, vous,
vous avez écrasé nos parents.

En notre présence,
vous voyez en nous votre aveuglement
et c'est là notre meilleure cachette.
Nous ne disons rien et nous rions.

Nous vous dédions ce poème.

Écoutez le bien pour que vous sachiez qui nous sommes.

Écoutez votre violence.

Écoutez votre désir économique.

Il n'y aura
ni jugement,
ni promesse,
uniquement la force brutale, organique et vivante.

Vous nous avez créé et forgé
dans la puanteur de la marchandise,
des usines et de l'économie et,
nous, nous forgeons le futur
dans lequel il n'y aura plus de place pour vous.

Nous créons la peur du fléau écologique,
le cauchemar de la maladie universelle,
l'angoisse de la terreur. 
Parce que nous ne sommes pas des machines,
nous obéissons aux lois de la nature
par amour du vivant et non de l'économie.

La peur du fléau écologique,
de la maladie universelle,
de l'angoisse de la terreur
vous conduiront là où nous vous mèneront. 

La route est déjà prise, le chemin irréversible.
Nous sommes les guides de votre disparition
car ce chemin ne mène nulle part
si ce n'est à cette douleur que vous nous avez transmise.

La voici. 
Elle est vôtre et non la nôtre.
Nous la recrachons sur votre face. 
Connaissez-là.

Je bois à la source le nectar,
Et te dis : «Tchin Tchin».

2005