être inutile, cela sert à quoi ?

par jean-marc juin

Que faire quand on est inutile ? 
Que faire quand les autres 
Vous expliquent 
Que vous ne servez à rien ?
Que votre valeur est quasi nulle,
et, en conséquence, que vous êtes méprisable ? 

Que faire...

Que faire quand tout le monde,
N'importe où (ici les cv envoyés)
Vous affirme
Que vous ne servez à rien,
Que vous ne leur êtes pas utile ?

Que faire quand tout le monde,
N'importe où (ici les forums, les mailing lists)
Vous affirme
Que vous ne servez à rien,
Que vous ne leur êtes pas utile ? 

Que faire quand tout le monde,
N'importe où et partout
Vous affirme
Que vous n'avez pas assez de connaissances
Pour être utile à quelque chose ?


Parfaitement inutile, 
Il n'y a pas tellement de solutions...
Ah ! J'oubliais ! Si ! Il y a :
Le chômage,
Le RMI, 
La consommation,
Le discours hégémonique et idéologique
de ceux et celles qui servent à 
quelque chose dans ce monde
afin de se moquer publiquement
de ceux, celles qui ne servent à rien.
La maladie. Après tout, nourrir le monde
médical quand on ne sert à rien est 
plutôt une bonne chose pour la société.

Voilà ! 
Quand on ne sert à rien, 
La société, les autres trouveront
Forcément une utilité,
Parce que il doit y en avoir une ! 

La société m'a placé dans une asso
De chômeurs, 
dans un local de 3x5m,
noyé dans une institution sociale.

Cachés aux yeux du monde,
Nous espérons, 
Nous les petits esprits 
Du chômage, 
Du RMI 
Et de la maladie,
Trouver un nouveau monde
Nous accueillant
Mais nous ne trouvons que : 
Vous servez à quoi ?
Et si vous n'avez assez de connaissances
Pour servir à ce que vous aimeriez être utile
Alors on vous laisse 
au chômage, 
au RMI,
à la maladie.
Jusqu'à ce que vous le compreniez : 

La société n'a pas besoin de vous. 
Ni de vos pseudos connaissances 
mal apprises,
mal comprises,
mal assimilées,
mal formulées,
mal exprimées.

Ce n'est pas bien de vouloir prétendre être 
Ce que l'on est pas capable d'assumer.

Et si cette dernière a besoin de vous, 
C'est 
Soit pour être de la chair à canon,
Soit pour être de la chair à manifestations.

IL ne faut pas en demander plus.
Nous servons à cela.
Nous sommes, nous serons 
le nombre,
le numéro d'une institution.

Il nous est interdit d'être autre chose.
Quand on a 
ni le talent, 
ni les connaissances,
ni les compétences 
suffisantes alors
nous n'avons pas le droit d'être
notre droit est uniquement
le nombre,
le diffus, 
l'ignoré,
le disparu,
le jugé,
le taux de variation,
le pourcentage,
la justification idéologique des autres,
la justification psychologique des autres,
la justification fantasmagorique des autres,
la justification hallucinée des autres,
etc. 

Quand on ne sert à rien,
Nous n'avons pas d'identité propre.
Nous n'existons que dans le discours 
des autres non pas comme
être ayant 
sa propre existence,
sa propre valeur,
sa propre pensée.

Rien de tout cela n'est 
autorisé par les autres.

Nous ne sommes que 
la projection du discours
des autres, 
le miroir éternel,
le reflet égoïste,
d'un autre, d'une autre, des autres
lesquels ne voient dans notre transparence
que l'occasion d'assouvir
leurs propres fantasmes jamais avoués
comme si nous étions 
des jouets, 
des objets,
des choses,
manipulables à souhait. 

Seulement, 
malgré tout cela,
Parfois,
On se rend compte
que cet inutile
n'est pas aussi con
qu'on le croyait.
Autrement dit,
lorsque le transparent,
l'inexistant,
révèle l'opacité du miroir
comme un rayon du soleil
la lumière des délires fantasmés des autres
est retournée de pleine face
dans les yeux de l'autre.

L'autre se révèle à ses propres
fantasmes.
Tout ce que je pensais sur toi
n'était que projection de moi.

Et là lorsque cela arrive,
les délires s'arrêtent,
le bouche et la pensée,
se ferment. 

Et les inutiles peuvent continuer leur chemin
en quête 
d'un savoir, 
d'une connaissance,
d'une compétence,
d'un faire,
poue enfin êtres utiles...
mais ils ne sont que miroirs !

Je bois à la source le nectar,
Et te dis : «Tchin Tchin».
2007