L'appel

par jean-marc juin

« Je vois des choses que, jamais, tu ne verras. »

Pris par un élan fougueux, je me lançais à bras ouverts vers ces paroles.

« Débarrasse-toi de l'absurde, de l’illusoire, de ces choses que tu fabriques sans t 'en apercevoir. Si je te dis cela, c'est pour que tu puisses croire que je sais quelque chose sur toi que tu ne sais pas toi-même. Crois-en-moi ! Je m'abaisserai à tes pieds afin que tu sois convaincu que ce que je dis ou invente soit une réalité dont tu n'as pas encore conscience. De ma main j'étends mes filets de mots, ils te voilent et dévoilent mon envie de t'enrober, de te fasciner, de t'attirer, de te suggérer ce cloaque d'ignorance que tu détiens et que tu nommes connaissance. Ce que j'aime, c'est son pouvoir, sa force, son abîme qu'elle exerce sur toi et qui n'est jamais ce que tu voudrais qu'elle soit. Rejoins-moi et je te montrerai tes paroles ; je te révélerai ce que tu n'as jamais construit. Là-bas est le secret, aime-moi, mais méfie-toi de mes mots. »

Présence

Es-tu là ? Je suis ta présence. Ton esprit se tourne vers moi. Que tu le veuilles ou non, le temps est avec moi. Ton esprit fléchira, quoiqu'il advienne. Désormais, tu crois que nous sommes ensembles ? Tu voudrais me parler, mais tu n'y arrives pas. Je suis là et tu ne peux entrer en contact avec moi. J'ai de nombreuses paroles qui te combleraient de bonheur ou te vexeraient. Va, continue le chemin avec moi, et, allons, ensemble, en cet endroit où est le secret. Je te prends par la main, ton attitude envers moi est timorée. De quoi as-tu peur ? Qu'est-ce qui t'effraie autant ? Si tu es avec moi, n'est-ce pas la preuve que nous nous sommes choisis ? Et si tu ne me trahis pas, je ne te trahirai pas ? Il n'y a que les traîtres, lesquels ont vu les limites de ce qu'ils sont ; ils doutent et sont envoyés vers le puits infini de la crainte. Rassure-toi. Avec moi, tu es sur le bon chemin où le soleil nous accompagne ; te rappelles-tu qu'il est le plus fidèle des compagnons de la terre ? Soyons terre et soleil, l'un pour l'autre comme l'est la tête et le corps. Ils sont deux mais ne font qu'un.

T'étonnes-tu de mon habileté à t'entretenir de choses si particulières ? As-tu réussi à dresser les oiseaux pour qu'ils viennent, délicatement, t'inviter au vol ? Si tu savais le faire, tu n'aurais pas besoin de moi or, tu es là, avec moi, au début du chemin, et, je te perçois. Ta présence est mienne.

La brise des fougères

J'éclaire ton chemin par l'espace qui nous sépare. Ni trop loin, ni trop proches, je me tiens en la distance nécessaire. Je te transmets la chaleur suffisante d'une lumière que j'allume pour toi. Elle ne peut l'être pour quelqu'un d'autre. Tu m'as appelé, si souvent, dans tes prières que tu nommes pensées, dans tes souvenirs que tu nommes expériences, dans les pensées que tu nommes joies, malheurs, douleurs. Je suis venu à toi de nombreuses fois. Tu ne m'as pas reconnu. J'étais à côté de toi et tu m'as rejeté parce que tu doutais de moi comme si tu ne pouvais m'appeler que par mon nom pour ne pas me voir quand je suis avec toi sans nom. Puis tu affirmes : « Tu n'es pas ! »

Regarde-moi et regarde-toi, et, autour de toi : ne me vois-tu donc pas ? Pourtant je suis comme un corps, je peux te sentir tel que tu es, et, toi, tu as de la peine en me voyant, en me sentant. Je suis si proche de toi. Tu t'éloignes de moi. Tu redoutes ma présence même si tu m'appelles, me veux. Ton désarroi n'est-il pas assez vaste sans que je te fasse connaître le puits dans lequel tu gît ? Tu veux devenir mon corps sans être mon esprit, et, tu voudrais que je te donne les clefs de mon esprit pour que tu puisses clamer que je ne suis pas ! Tu me cherches et me renie en mêmes temps. Je ne te juge pas pour si peu. Que serais-tu sans moi ? Puisque tu me désires sans me vouloir ?

Tu me chercherais quand même. Tu veux par ma secrète présence connaître or ce que tu ne connais pas c'est le chemin de ma présence, la route qu'il te faut prendre pour signifier mon absence. Tu veux me suivre. Pour cela tu es prêt à croire tout ce que je te dis.

Ton plaisir veut que je t'emmène au secret aussi docilement qu'une fougère obéit à la brise. Mais sais-tu à qui tu t'adresses ?

Silènes de l'expression, je grave en toi la beauté

Il ne tient qu'à toi de sculpter la beauté en une expression qui t'éclairera, toi et les autres afin qu'elle sache qu'ils ne la quitteront jamais. J'ai déposé en chaque personne un joyau sur lequel j'ai gravé la beauté qu'il détient. Autour de ce joyau, la pensée, et autour d'elle le corps et la peau. Et autour d'eux, le système vivant. Et autour du vivant, la terre. Et autour de la terre, l'air. Et autour de l'air, les étoiles.

La beauté te confond avec le monde et toi, par connaissance, tu veux t'en séparer pour agir différemment. Tu le veux pour obtenir la permission de détruire tout ce qui n'est pas dans ta connaissance, pour séparer l'un du tout et agir dans le tout tel un être unique. Tu englobes cette différence en une raison laquelle te donne la preuve d'être. Ainsi la raison fabrique sa propre esthétique laquelle prend de nombreuses formes : essence de la différentiation, principe de la distinction. Son intention est de plier le réel à ton expression pour qu'il devienne ce qu'elle est.

L'expression est la traduction effectuée par l'être nu lequel prend soin de se couvrir. En se couvrant, il convient que la connaissance contient elle-même la racine de sa propre illusion. Ta quête sera donc l'expression de ton propre exil.

Tu veux être, à la fois, dedans et dehors, avec et sans. Que puis-je faire pour te combler ?

-Donne-moi. Donne-moi le temps. Donne-moi l'espace. Donne-moi la question.

-Qu'il en soit ainsi.

Ritournelles dans le temps

Je les vois tels qu'ils sont. Sans aucun doute, avec les yeux de tout le monde et de personne. Voir le monde nécessite une compréhension et de « voir » et du « monde ». Tourner toujours autour des mêmes mots : verbes et noms. Comme si celle qui connaissait le monde pouvait donner un verbe et celle qui ne le connaissait pas, un nom. Il faut se libérer de l'emprise du verbe comme celle du nom. Le verbe est une action qui participe au monde sans s'en séparer tandis que le nom se sépare du verbe en nommant, et, par conséquent il fige l'action. Le nom qui se sépare du verbe en le nommant se le réapproprie en ajoutant à lui-même le verbe comme s'il fallait qu'il se rassure qu'il est bien encore de ce monde qui agit en lui. Ni le verbe ni le nom ne peuvent trouver leur finalité sans qu'ils se complètent l'un l'autre par l'ajout d'un fragment supplémentaire : le complément précise la nature même de leur sens au monde, à la fois figée et active. Comme ils ne peuvent s'harmoniser l'un l'autre alors le temps s'immisce entre eux comme une donnée externe à l'un comme à l'autre pour les rendre encore plus mystérieux.

Les phrases nous rendent notre assurance, notre certitude de savoir quelque chose. Elles nous confient qu'il y a, au plus profond d'elles-mêmes comme de nous-mêmes les clefs d'une porte à ouvrir. Mais sur la courbe du temps les mêmes symboles. Ils induisent les mêmes pensées construites à l'aide de verbes, de noms et d'autres fragments supplémentaires sans qu'il soit réellement possible de trouver de nouveaux symboles. Parallèles et imaginaires aux phrases, les symboles enferment, à leur tour, cette clef dans l'espoir de voir la clef sans jamais l'utiliser pour ouvrir la porte.

A l'intérieur de l'enveloppe

Par ce simple mécanisme ce qui aurait pu être connu devient une information sur la possibilité de connaître ce qui aurait pu être connu. Toute information est et sera segmentée, divisée de l'infini, tel le trait d'Euclide, afin de contenir, en elle, ce qu'il faut découvrir parce que c'est le chemin parcouru qui est important. Incroyable ! En elle s'harmonise les flux internes et externes de la transmission. Ils apparaissent tels des séquences qui surgissent brutalement comme pour signifier autre chose, des relations aux allures universelles.

Cet universel présuppose qu'en de simples relations abstraites de l'information s'expliquent et expriment l'ensemble des clefs et portes. Naître à l'universel, c'est vouloir connaître les clefs sans les voir ni ouvrir les portes mais c'est savoir qu'elles en sont les formes. Ainsi chaque individu, soumis aux mêmes lois d'expression prépare sa pensée à inscrire ce que d'autres savent déjà dans la mesure où l'individu est une variation infime de l'expression collective. L'universelle information est l'expression identique à l'extérieur de ce quelque chose d'intérieur, fuyant et enfoui ; ils forment une même signification présente en chaque esprit.

Par humanité envers toi-même, tu parviens à l'ensemble des variations infinies de cette information dont tu es le sujet à la fois visible et invisible. Tu sais qu'il ne sera jamais parfaitement défini et déterminé pour avoir, à jamais, cette échappatoire : « en moi quelque chose d'indicible est enfermé ». Et cette chose est au-delà des mots et des concepts. Elle est ce que jamais tu ne pourras être ; sauf si tu décides, enfin, à quitter l'information, à quitter les phrases pour effectuer le passage.

Le visible sujet de l'invisible

L'utilisation du sujet induit que le « je » n'est pas exactement le « je » mais la structure d'une entité plus complexe ; une structure supérieure incluant toutes les autres formes possibles. Cette complexité, par ses propres lois et organisations, tends vers la conception de la connaissance qui se fabrique elle-même laquelle a besoin de cette structure supérieure pour être capable d'affirmer et de clamer qu'elle est une forme de la structure même qui se nomme par elle-même laquelle se sépare elle-même de toutes les autres formes de la structure par le biais de la signification et de l'utilisation du nom.

Ainsi cette organisation autonome dont le but est de tendre vers les lois et les principes de la connaissance préparent les conditions de sa propre disparition à l'intérieur d'elle-même. Le sujet du « je » est, en conséquence, l'outil d'une organisation sociale qui utilise le nom dans un but précis : celui de voir en celui-là le miroir de celui-ci par le biais habile de sa propre expression laquelle s'exprimant par la forme de l'individu devient le mimétique miroir de lui-même. Il se doit de disparaître par le jeu des réflexions.

Bien sûr, le « je » ne peut s'identifier à un processus qui est plus complexe que lui-même ; le processus d'identification échouerait, et, il deviendrait une sorte d'expression métaphorique de l'être humain laquelle, par analogie, ressemblerait au processus du symbole : une enveloppe qui enveloppe une enveloppe qui enveloppe une enveloppe, etc.

Le sujet est à la fois parfaitement défini et indéfini. Il porte avec lui ses propres règles de fonctionnement. Il a été défini par la vision du monde extérieur et sa vision intérieur lesquels le construisent et le détruisent de manière permanente. Et, cependant, il sait que quelque chose n'est plus là, il le subodore, le sent, le ressent et le recherche. Il invente une chose inouïe, impensable, incroyable : la question.

Qui es-tu ?

Comment la question fonctionne ? Qui ou quoi la pose ? Comment la réponse à la question fonctionne ? Est-ce que la réponse obtenue, et complémentaire à la question, correspond à la question posée ou est-elle la demande, la preuve de quelque chose d'autre qui ne dépend pas de la question ? La réponse obtenue, est-elle correcte ? Et comment connaître le savoir ? Comment comparer cette réponse à une certitude, un savoir, une connaissance ? Comment sais-tu que la connaissance est connaissance ? Comment savoir si tu possèdes la connaissance, l'ignorance ? Est-ce que tu peux voir la connaissance ? Et comment t'en souviens-tu ? Et comment connais-tu la vision, la perception de cette connaissance ? Les questions, comme les réponses, sont-elles des expressions dépersonnalisées lesquelles séparent le tout d'un individu ou agissent-elles sur les individus pour l'inclure dans le tout ? Les questions portent avec elles les contradictions de leur complémentarité, à l'instar des fragments complémentaires qui s'ajoutent aux verbes et aux noms. Elles forment une phrase bien curieuse en projetant un processus d'identification qu'elles fragmentent en deux parties : la question et la réponse.

Un nouveau mécanisme d'identification se met en place lequel suppose un fonctionnement différent en apparence : « Donne-moi une question et je te raconterai une histoire que tu n'as jamais entendue. » Parce que, dans la question, il y a quelque chose, proche de l'être et du secret, une forme qui veut percer ce cloaque du secret pour affirmer par connaissance le réel : celui qui répond est purifié de l'ignorance et des doutes.

La réponse à la question affirmera toujours, avec la même évidence et simplicité, une simplicité supérieure : « Tu es. » Ni plus ni moins. Par le verbe le nom est mais le verbe est aussi par le nom. L'un et l'autre sont intriqués sans que l'un ne puisse se séparer de l'autre, sans que l'autre ne puisse agir sans le premier. Ainsi tu cherches à décoder un système intriqué, voulant séparer l'un de l'autre tu imagines que c'est un savoir que tu découvres.

Ensemble le séparé de l'illusion

Mais quand tu enlèves ce qui couvre, tu fondes l'espace de ta connaissance. Celui-ci, vu comme une dimension, est partagé entre le fini et l'infini, le concevable et l'inconcevable, entre ouvrir et fermer une porte. Sans fin est ta séparation des noms et des verbes que tu inscris en différents lieux de cet espace. Ils fabriquent pour toi un horizon. Un horizon qui affirme, en miroir : « ce que tu es ». Sans illusion, ton modèle spatial devient vraisemblable et réel. Sans séparation, tu ne chercherais pas à déchiffrer, à décoder la différence entre le réel et l'illusion. Mais duquel, du nom ou du verbe, l'un est-il le réel, l'autre l'illusion ? Petit à petit, les ritournelles deviennent des cercles. Ils s'entrecroisent et forment un labyrinthe de mots figés et fixés dans un espace que tu dois, désormais, déchiffrer, décrypter, comprendre. Ta vision, choyée par la caresse des yeux, contient l'indicible et le souffle transformé en forêt où chacun se perd pour le plaisir. Images d'images qui s'organisent comme aucune forme ne peut le faire. Étrange espace où les mots s'évertuent à mieux se connaître eux-mêmes afin de tenter de redonner aux noms et aux verbes l'espoir de trouver la clef.

L'horizon

Verbes et noms sont nécessaires à l'un et l'autre. Ils t'offrent un espace absolu. l'horizon te donne une incertitude, ouvrant un monde à voir qui oscille entre l'illusion et la réalité. L'horizon contient en lui-même sa nécessaire présence comme tu contiens en toi-même la nécessaire présence de l'horizon. Avec espace, l'horizon devient déterminé et indéterminé. Tu ne peux pas t'en approcher, il crée une limite lointaine. Comme une circonférence qui t'entoure ; Tu la vois, mais tu ne peux t'en approcher. L'horizon tient la distance de la limite dans sa relation avec toi.

La limite est donc cette distance entre toi et l'horizon ; toujours à égale distance d'elle-même et de toi-même. Comme tu ne peux l'atteindre, tu la sépares en morceaux multiples, en fragments limités et déterminés. Par ce chemin, tu apprends la mesure. Tu peux ainsi t'en approcher et voir ce qui est tant à l'intérieur de l'horizon que ce qui est à l'extérieur de celui-ci. En agissant ainsi, tu t'en approches, mais pour toujours rester à égale distance de la limite.

Tu veux la définir en la divisant en petits fragments, mais tu ne peux la détenir quand elle est un tout. Et tu commences par savoir.

Se transformant en elle-même

La limite contient la possibilité de son existence qui contient la possibilité de l'espace qui, lui-même, contient, la possibilité des verbes et noms placés en différents endroits de ce dernier. Ainsi tout se fabrique et ne cesse de se transformer et d'évoluer en se subdivisant en autant de fragments qui sont tels qu'ils sont, ont été et seront. Chaque fragment qui en est extrait, par effet miroir, te représente et se présente à toi comme distinction. Ainsi chaque fragment que tu distingues exerce une tension vers le propre de ta connaissance.

Le fragment exerce une tension vers quelque chose d'autre, exprimé d'une manière différente mais équivalente à lui-même. Il est la fonction opérative entre toi et la limite. Le fragment dépend de lui-même de telle sorte que chaque fragment se reconnaisse comme tel par un agencement précis. Il atteint, ainsi, la construction de sa propre apparence. Désormais il est vision. Il est le modèle pour tous les autres et exprime ce qui le constitue.

Pour toi le fragment devient un système complexe à l'intérieur de la limite par lequel s'exprime toutes les opérations qu'il produit, de telle sorte que la limite devienne un ensemble plus complexe. Cet ensemble, plus complexe, exerce une nouvelle tension vers la connaissance ; il se dirige vers la disparition de la limite afin de faire apparaître des choses différentes mais équivalentes.

L'équivalence n'est que l'opération par laquelle ce qui était inatteignable, incompréhensible se change en quelque chose de compréhensible, atteignable de telle sorte que l'équivalence soit en dehors de la limite mais au-dedans d'elle-même.

La limite exprime une équivalence dépendante et de toi-même et de l'horizon. C'est par ce moyen que tu peux affirmer : « Je suis. » Par l'expérience de la limite que t'offre l'horizon, tu peux clamer que tu connais par expérience. De cette équivalence s'exprime la possibilité de la connaissance qui exprime la possibilité de ton être.

Par cette opération, la limite disparaît

Ce qui reste de cette disparition est un ensemble de définitions spatiales qui se déplacent dans le temps. Par l'opération de l'équivalence, ces définitions s'opposent à la limite et s'en séparent. Les définitions ne se reconnaissent plus dans la limite et la limite n'est plus reconnue quand bien même elle contenait, en elle-même, tous les fragments possibles lesquels ouvrent les définitions.

Et il faut retrouver le chemin, opérer le voyage inverse à partir des définitions lesquelles n'expriment plus que le résultat de l'opération de l'équivalence. Pour que les définitions se « ressouviennent » de la limite, il faut chercher dans les multiples fragments ce qui les différencie de la limite et ce qui est constant, identique, même, unique.

Quand tu en parles, tu peux affirmer ce qu'elle est ou ce qu'elle n'est pas. Tu ne dis jamais vraiment ce qu'est la limite, car elle est tel l'horizon. Tu te sers d'elle pour parler d'autre chose : de toi. Tu prends avec toi les définitions qui correspondent aux fragments de la limite, mais tu ne peux la posséder. Ce n'est jamais elle que tu définis puisqu'elle ne fait qu'exprimer par les noms et verbes les opérations à partir desquelles tu te détermines au regard de la limite. Elle est ta présence mais en la voyant à l'intérieur des définitions tu sais qu'il y a autre chose que tu ne vois pas. Dans cette nouvelle tension exercée, les noms et les verbes indiquent une phrase qui ne peut jamais se compléter, jamais se terminer.

Le rapport d'équivalence que tu dégages entre l'horizon et toi définit un espace entouré de limites lequel t'englobe par présence évidente. Il devient une donnée première existant indépendamment, en dehors de ce rapport. Il valide cet espace comme pré-existant au rapport pour affirmer sa propre présence comme tu affirmes ta propre existence. Il indique la distance qui te relie à l'horizon comme élément de compréhension, mais il reste toujours à égale distance de toi-même.

L'espace est mon égalité

L'espace est cette tension qui provoque le processus de compréhension et conduit vers l'apparition de fragments, issus d'un horizon lointain, qui se présentent en lui comme possibles rapports d'équivalences. Il affirme l'organisation d'un ensemble plus complexe laissant entrevoir une attirance entre lui et toi qui aurait comme fonction un rapport d'équivalence validant réciproquement la présence et de l'un et de l'autre à l'intérieur d'un substrat plus vaste qui les contient.

Il prend l'identité d'une entité propre, présente, non déterminée, mais contenant un élément de préhension en relation avec un être capable de le saisir par ses sens. Par cette prise de contact, tu fabriques des opérations, des modèles qui te permettent d'affirmer une connaissance issue de ces relations entre les rapports d'équivalences.

L'horizon qui indique les fragments qui indiquent les limites qui indiquent les verbes et les noms que tu installes dans un espace pour le convertir en rapports d'équivalences ne sont peut-être pas des connaissances ni sur le monde à voir ni sur toi-même. Tout cela ne fait qu'attester que tu peux, éventuellement, apprendre, savoir, connaître mais sans aller plus loin. Et d'ailleurs, cela est-il possible voire souhaitable ?

Oscillations

Tout cela ne fait qu'osciller entre deux états l'horizon et l'espace que tu crées sans savoir quel est le plus réel des deux. Cette oscillation exerce aussi une tension vers la connaissance. Elle crée un rapport qui ne peut plus être égal ou analogique, elle prend sa forme d'un mode non concret et détruit la symétrie de l'équivalence.

Pour rendre à nouveau tout à la même distance, tout égal, tout symétrique, tu entraperçois la temporalité et l'irrationnel. Tu saisis de nouvelles indications lesquelles sont proches de la construction du rêve de la nuit. Avec les opérations de l'irrationnel et de la durée, tout ce qui est vacille, mais, soudainement, tu peux commencer à te rapprocher de l'horizon et à imaginer, déduire, ce qu'il y a là-bas. Ce qui était à inégale distance devient une brèche qui ouvre un passage.

Déséquilibre apparent qui inaugure un nouvel ordre des modes opératifs. Il ne s'agit plus d'attester, de valider l'équilibre parfait, la balance d'un rapport d'égalité ou d'analogie qui indique une symétrie. En créant ce déséquilibre, tu peux, rétablir l'équivalence.

L'oscillation est le moyen par lequel tu entres en relation avec la disparition de l'équivalence. Pour en établir sa présence, tu dois rester à égale distance de l'oscillation. Tu dis : « telle chose est ; telle chose n'est pas et, je lui donne un nom qui agit sur son apparence ». Celle-ci se change en un nouvel horizon par lequel un déséquilibre fabrique une oscillation, une variation continue entre deux états.

Alors, ton nouveau besoin est de percer l'apparence du nom pour aller jusqu'aux écarts de l'oscillation et de l'espace. Ce qui fabrique l'apparence du nom est un système qui oscille cycliquement entre deux états, deux écarts sans qu'ils ne parviennent à te dire lequel est le réel et l'autre, qu'un nom.

Vois-tu ; où que tu poses ton regard il y a une frontière, un horizon. Ils t'obligent à prendre de la distance et à rester dans cette distance sans jamais pouvoir joindre le début ou sa fin. La distance est l'orientation qui te conduit vers l'horizon d'une connaissance qui, elle-même, t'oriente vers toi-même.

La condition initiale

La formation de la connaissance qui transparaît dans la construction de la distance par rapport à l'horizon est la condition initiale qui t'a permis de prendre par les sens les propriétés qui lui sont intrinsèques. La condition initiale est un changement d'état. Elle modifie ses propriétés de telle sorte que toutes les opérations soient possibles et dépendent toutes de la manière dont apparaîtra une asymétrie. L'asymétrie est une autre des propriétés de la condition initiale de telle sorte que bien qu'elle soit parfaitement symétrique, ses propriétés peuvent se modifier pour générer autre chose.

C'est de ce très léger espace que surgit, par la suite, les opérations par lesquelles se fabriquent des équivalences qui déterminent les propriétés qui t'aident à retrouver la symétrie. Ces propriétés ne sont pas plus déterminées par une chose ou une autre, elles expriment la manière dont l'asymétrie est une propriété intrinsèque de la condition initiale.

Une fois l'asymétrie survenue, elle va indiquer les conditions de construction des opérations qui découlent des propriétés de la condition initiale. Les propriétés incluses dans la condition initiale ne sont pas définies par la condition initiale. Elles indiquent un changement d'état lequel fabrique les propriétés dont elle a besoin pour se développer alors, en retour, la condition initiale contient ces propriétés. Si d'autres propriétés avaient été générées, la condition initiale contiendrait aussi ces autres propriétés.

L'horizon est une propriété indirecte qui révèle, par cette rupture de la symétrie, la condition initiale mettant en jeu le principe d'équivalenc. Cependant l'ensemble qui englobe ce nouvel élément, apparaît en même temps que l'asymétrie. Mais il la masque et « dérobe » à la condition initiale ses propriétés.

L'asymétrie de l'horizon est comparable à une faible lumière qui, d'un seul coup, fait surgir les propriétés des objets observables laquelle complète ce qu'elle est par des noms et des verbes pour terminer la phrase que tu prononceras. Ainsi les propriétés qui définissent les phrases que tu utilises évoluent en même temps que les propriétés de la condition initiale se modifient.

Les opérations de distinctions et de relations qui en découlent dépendent des propriétés à l'intérieur desquelles elles se trouvent. Elles fabriquent une équivalence qui aura besoin de se séparer d'elle-même. Et ainsi de suite.

Tu me parles

Tu clôtures une relation avec l'horizon afin de former un ensemble qui atteste de la présence de l'un comme de l'autre. Tu en tires un bénéfice que tu nommes connaissance. La connaissance est partout identique à elle-même, elle transporte un ailleurs indicible, libre de toutes formes connues pour, à nouveau, fusionner avec toi et attester des formes inscrites en elle. Quand elle fusionne avec toi alors l'équivalence devient égalité et, par ce signe, tout disparaît, se confond.

En conséquence, les propriétés qui indiquent une possible asymétrie peuvent se rencontrer sans contradiction, car elles sont non déterminées par la connaissance mais inscrites en elle comme une des possibilités de son expression. Ces propriétés, opposées à la symétrie, ne sont rien d'autres que la continuité de l'un au regard de l'autre qui voit le monde. Elles sont la même chose que l'oscillation.

Par les noms et les verbes, la parole façonne un son qui oscille entre réel et illusion. Dans la parole, le son est caché en son intérieur puis disparaît dans celle-ci. Ce qui lie le son à la parole est le moyen de faire apparaître ce qui est perceptible en le rendant visible par le truchement des vibrations. Elles forment des oscillations entre le son la parole. Elles établissent un ensemble de variations qui relient entre elles des opérations perceptibles donc visibles.

La fin du son est la parole que tu exprimes comme fabrication de la connaissance. Le son exerce une tension qu'il dirige vers la parole. Ce qui signifie que tu parviens au réel sans voir le son mais uniquement son résultat : les vibrations qui oscillent entre la perception du visible et de l'invisible. Il génère un espace perceptible entre plusieurs changements d'états permanents. Il annonce un rapport d'égalité ou d'équivalence aussi solide que les formes visibles sont perceptibles comme des choses solides.

La parole n'est pas le son et ne peut fabriquer ce que le son crée par vibrations et oscillations. Dans la parole, il n'y a que le rapport d'égalité et d'équivalence. Dans la parole, l'horizon comme le son disparaissent. Et c'est là le secret que nous avons cherché ensemble.

Boucle finale

Tu es un monde depuis l'apparition de la parole. Tu parles et tu te tais. Lorsque la justesse de la parole te rencontre alors le monde devient ton monde et il t'ouvre des chemins. Souvent tu t'arrêtes à la présence contenue dans le « ce qui est dit » et tu ne t'aperçois pas que la parole est en train de te parler, qu'elle est devenue ce qui te maintient. Tu ne reconnais pas cela. Aveuglé par le désir de savoir, de connaître, tu cherches d'abord à être perçu comme l'essence d'un discours puisque ce que tu dis cache le mouvement de la parole prononcée. Tu dissimules donc sa personne sonore et tu l'empêches d'apparaître à l'autre. Telle est toute la signification de tes phrases énoncées : un désir, une envie de paraître différent de la manifestation de la parole. Et tu oublies que tu parles à un autre qui est ton équivalent, qui te ressemble. Lorsqu'il te parle, tout comme toi, il met dans la parole et en toi ce qu'il souhaite inscrire dans le contenu de son dire. Tu es une parole depuis l'apparition du monde.

Retourne voir les premiers dessins dans les grottes de la préhistoire et essaye de comprendre ce qu'il se passe. Les bases mêmes de la connaissance, de l'écriture et du langage comme outils y sont inscrites de la manière la plus simple, la plus intuitive et la plus efficace qui soit. C'est tellement vrai que nous n'avons pas changé d'un iota ces principes de base. Acmé de la technologie humaine, à jamais indépassable.