Nous nous voilerons partout, en échange de notre silence.

par jean-marc juin

Texte de type cut-up avec des apparitions impromptues
de Churchill,
de Michel Bounan
et d'autres dont j'ai oublié les références.

Les voilà avec 
leurs drapeaux, 
leurs flammes fières,
leurs idéologies minables, 
leurs illusions,
leurs jugements,
leurs discours flétris,
leur justice, 
leur liberté,
leur paix,
leur espoir,
leurs lois,
leur terrorisme.

Ils clament haut et fort 
qu'ils sont 
le nouveau monde,
la nouvelle vérité,
la véritable parole,
la seule possibilité,
le chemin de victoire,
la leçon à vous donner.

Délivrez-nous
de vos drapeaux,
de vos flammes fières,
de vos idéologies minables,
de vos illusions,
de vos jugements,
de vos discours flétris,
de votre justice,
de votre liberté,
de votre paix,
de votre espoir,
de vos lois,
de votre terrorisme.

Superstitions avec lesquelles vous nous endormez.

Autrefois valeurs aux contours clairs
Aujourd'hui valeurs gardées dans le trouble
afin de perdre la plupart d'entre-nous
qui prennent peur à la moindre action. 
 
Jamais nous ne nous battrons,
nous nous voilerons
dans les rues,
sur les plages,
sur la mer,
dans les collines,
dans les villes,
dans les champs.
Nous irons jusqu'à la disparition.
Nous voilerons notre envie de nous battre
parce que vivre n'est pas notre combat.

Nous nous laisserons rien d'autre que
de la sueur,
de la peur, 
des larmes.

Autant de maladies que la société se chargera
de guérir en apportant amour, gloire et beauté 
à ceux et celles qui n'auront que pour armes :
la sueur, la peur et les larmes.

Quel est donc ce contrat social
Qui nous flanque 
une identité de pacotille
qui n'est jamais la nôtre
Mais celle 
des idéologues,
des politiques,
des données statistiques,
des journalistes,
des experts,
des designers,
des mannequins,
des pages psy des magazines,
Qui, mieux que nous, 
savent qui nous sommes,
ce que nous sommes,
et pourquoi
nous sommes ?

Quelle est donc cette identité 
qui nous est donnée 
sans 
notre consentement,
notre avis,
notre personne,
ce que nous sommes ?

Ils prétendent nous connaître
si bien qu'ils sont prêts
à nous offrir 
des lois,
des jugements,
des leçons, 
afin de nous montrer que la raison est
avec eux, avec elles.
La raison de connaître
notre vie sur la base
de rumeurs (pour les infâmes), 
de statistiques (pour les journalistes),
de courriers psy (pour les stupides) 
d'analyses creuses (pour les donneurs de leçons).

Et qu'avons-nous en échange ?

Le désir de ne pas être le corps que nous
devrions être. Le corps d'un mannequin à
porter comme une seconde peau vue partout
dans les publicités,
les films, 
les pages des magazines,
des mangazines,
qui ne sera jamais la nôtre 
mais celle d'un rêve imposé
par un système qui explose 
les corps par de multiples moyens :
alcools pollués,
drogues manipulées,
nourritures dévitaminées,
médicaments frelatés,
contamination généralisée par les véhicules et les industries.

Pour cacher tout cela la nudité de l'humain
est mise en avant comme l'ultime moyen de recouvrir
les désastres du système, 
comme l'ultime trophée qui 
fabrique une peau douce et agréable,
bronzée et tannée par les rayons d'un soleil
dont nous ne captons plus l'énergie qui est
tout de suite rejetée et 
transformée en cancer de la peau
qu'il faut enduire d'un masque protecteur.

La peau est le dernier rempart aveugle qui sépare
le monde extérieur qui ne peut plus digérer
du monde intérieur qui est obligé d'ingérer
tout cela à l'aide de quelques médicaments miracles
et des pièces mécaniques du corps à remplacer en cas
de défaillance, d'impossibilité 
à supporter ce travail supplémentaire
qui épuise le corps en moins de temps qu'une vie entière
écoulée en quelques décennies.

Notre corps est ainsi le meilleur terrain 
morbide,
d'expérimentation,
d'apprentissage, 
du rêve des pièces défectueuses à changer
comme on change une ampoule grillée.
Un corps détaché de son tout qui se doit
de transformer,
de supporter,
d'extirper
les quelques miasmes d'énergie qui subsistent
encore et qui n'ont pas été effacés ou contaminés
par de multiples agents qui n'ont plus leur place
puisqu'ils prennent toute la place par leur quantité
trop nombreuse.

Voici le rêve absolu, celui de pouvoir retarder la
décomposition généralisée. Les yeux se tournent vers
ce qui compose les corps, l'ADN, pour comprendre 
les mécanismes qui induisent une réplication 
de plus en plus altérée afin de la corriger et
d'empêcher la venue de la mort vue comme une maladie
que l'on peut guérir.

Quelle est donc cette identité 
qui nous est donnée 
sans 
notre consentement,
notre avis,
notre personne,
ce que nous sommes ?
 
Je bois à la source le nectar,
Et te dis : «Tchin Tchin».
2008