Photo, lumière protège ton regard

par jean-marc juin

Je suis dans ta bouche

Dans ta bouche, 
je mettrai des mots de telle sorte
qu'ils ne viennent plus de ton esprit
Mais de ton corps

Et je t'installerai au coeur de la bauté du monde,
parmi les étoiles
Tu reluiras comme l'éclat d'or du soleil
qui se reflète dans la boucle d'eau

Tu scintilleras comme l'aube qui découvre le monde.

Je ferai disparaître tout ce qui est le signe de toi-même.
Tu verras ce que nul ne peut plus voir.

Je te donnerai l'insecte aux ailes bleues,
Sur tes doigts il sera comme une bague
Dans tes yeux il te donnera la direction,
il te conduira là où le chemin ne se termine pas.
Dans ta bouche, il te mènera, tel le trait, 
de toi-même vers moi-même.

Et je volerai tout ce qui t'appartient,
tout ce que tu crois être en toi
ne sera plus à toi ni de toi.

Je te viderai de tout cela
Et tu t'empliras du monde
Alors, à nouveau, il te parlera
comme le signe de lui-même.

Tu prononceras juste ce qu'il faut
de mots car tu sauras que chaque parole
prononcée peut changer la face de ton visage.

Tes phrases seront comme le parfum des fleurs
qui délivre un espace aux limites invisibles
Et les autres qui t'entendront prendront peur,

Jamais ils n'oseront dire 
que tu n'es pas le signe de toi-même 
mais de leur langue perdue.

Si....... lents....., 
si....... lents....., 
silences, ils se briseront comme une mer
dans le creux de ta bouche.

Tu porteras mes phrases Comme je porterai ton corps.
Tu sentiras mon langage qui façonne un paysage
dans lequel sont écrites les formes,
lesquelles délivrent des signes inscrits.

C'est le tracé du frisson qui les sépare
de ce que je suis.

Et du sommeil,
tu te lèveras avec l'aube dorée,
Le visage ensoleillé, ta décision
De prendre la route
te fera traverser le son
que je suis
que tu es.

Tu clameras :

"Protège ton regard 
quand tu t'adresses 
aux couleurs,
aux mots,
aux sons. 

Tu ne sais pas ce qu'ils expriment.
Tu utilises des variations
que tu assembles
de différentes manières,
parfois comme des images, 
parfois comme des lettres,
parfois comme des sons.

Nul ne sait quoi dire
quand il n'y a
ni lettres
ni couleurs,
ni sons,
rien ne prend forme
ni ne se différencie 
pour se distinguer,
pour se voir,
pour s'entendre. 

Nul ne sait si ce que je dis
est mot, couleur ou son.

Et pourtant ils entendent
des mots,
des couleurs,
des sons.

Car Chaque mot est une croyance
dans leur bouche,
chaque couleur est une illusion
dans leurs yeux,
chaque son est un mirage
dans leurs oreilles.

Et ils ne peuvent rien dire d'eux-mêmes
seulement, de ce qui les énoncent.

Je les ai vus
mélanger, 
modifier, 
changer,
lettres, 
couleurs
et sons. 

Par différences et distinctions, 
par rapport aux autres choses qui,
elles aussi, doivent avoir une forme 
Ils crurent me percevoir,
mais ce n'était pas moi.

Et, en ce moment, tu rêveras
que le mot dise quelque chose de lui-même,
que la couleur dise quelque chose d'elle-même,
que le son dise quelque chose de lui-même.

Alors je couvrirai d'or tes paroles,
je couvrirai de vie ton regard,
je couvrirai de paysages tes oreilles."

2010/2016