Le graphique triple bâtons

image d’illustration enchaînemot

Il est tout à fait possible de modifier un tel graphique. Au lieu de deux axes, projection et observation, nous pourrions en mettre trois. Chacun des axes serait représenté par un des trois bâtons les plus intrigants de l’histoire.

Sur le premier axe, le bâton de Moïse lorsque d’inerte il devient vivant, un serpent. Autrement dit le temps est dans le vivant à l’intérieur d’un monde, d’un espace figés dans l’éternité. Les propriétés propres au temps comme au vivant sont en dehors du monde humain, de sa perception ; elles appartiennent au monde divin.

Sur le second axe, le bâton d’Ératosthène lorsqu’il le planta à deux endroits différents le même jour de l’année, mais sur deux années différentes. Il put ainsi mesurer l’écart des ombres projetées par l’interaction du soleil et du bâton, et, ainsi déduire la mesure de la rotondité de la terre. Le temps n’est plus simplement rattaché au vivant, mais à quelque chose de beaucoup plus vaste : un ensemble spatial (la terre, le soleil) dans lequel il semble immuable. Seuls quelques objets se déplacent cycliquement donnant au temps sa propre mesure. Par son intermédiaire, l’humain découvre de nouvelles propriétés qu’il peut saisir avec son esprit par le biais de mesures.

Enfin, le dernier bâton est celui d’Albert Einstein sur lequel il posa à chaque extrémité de ce dernier une montre synchronisée par rapport à l’autre et découvrit que le temps est intimement lié à la dimension de l’espace, ou du moins que sa mesure est dépendante de l’endroit où il se trouve faisant de l’espace le lieu même du temps ajoutant une nouvelle dimension aux trois connues : l’espace-temps. Les montres se désynchronisent en fonction de la distance. Le temps n’est plus une référence absolue, mais seulement une instance localisée en un endroit spécifique qui se définit comme ses propres début et fin lesquels par rapport à d’autre objets dans l’espace ne sont plus, alors, qu’un changement d’état de propriétés liées à l’espace-temps.

Imaginons un bâton dont l'une des extrémités part de la terre. L'autre extrémité franchit notre système solaire, puis passe par la galaxie et la dépasse. Ce bâton atteint une région de l'espace où il n'y a pas d'autres galaxies. L'autre extrémité du bâton s'arrête à cet endroit. Si je me place sur cette autre extrémité et que je capture quelques objets selon la loi de gravitation alors pour ces objets, je deviens leur référence temporelle. Je suis en train de créer un « espace temps » pour ces objets. Ce petit système étant très jeune par rapport à notre galaxie et le système solaire. Pour l'autre extrémité du bâton, celui de la terre, il n'existe pas à priori puisque la lumière qu'il émet ne débute que par rapport à sa propre référence. Il lui faudra, sans doute, des millions d'années voire plus pour que cette information atteigne la terre au regard de la distance à parcourir puisque la lumière ne peut dépasser une vitesse maximale à l'aune de la distance parcourue en un instant donné soit 300 000 km/s.

Au moment même où cette information atteindra la terre, le petit système créé aura, sans doute évolué soit en un système plus complexe soit en un système qui ne peut plus maintenir une cohérence temporelle qui lui sert de référence. En devenant plus complexe, ce petit système vient de « déclarer » sa propre temporalité au sein de l'espace et déforme cette région en même temps que cette déclaration puisqu'il va occuper temporellement cet espace qui lui sert de référence par le biais d'une série d'objets qui inscrivent leurs formalités par rapport à un point de référence localisé (ici l'autre extrémité du bâton). En plaçant les deux montres d'Einstein parfaitement synchronisées sur chacune des extrémités du bâton. Pour celle qui sera sur la terre, l'heure indiquée aura un sens puisqu'elle est rattachée à la référence temporelle que représente notre système solaire. Pour l'autre montre qui continuera à indiquer un valeur temporelle selon son mécanisme même, le temps indiqué n'aura plus aucune signification parce qu'elle aura perdu sa propre référence : elle indique 14h30, mais par rapport à quoi, à quelle référence ?

Sa seule référence plausible est le mécanisme qui continue d'indiquer une valeur temporelle. Pour une entité biologique de ce petit système, il ne lui resterait qu'un choix Cornélien : ouvrir la montre pour tenter de comprendre le mécanisme qui indique cette valeur, et, surtout, tenter d'extrapoler les raisons qui ont pousser à la construction d'un tel mécanisme et à quel système de pensée ce mécanisme fait-il référence. Ou ne pas l'ouvrir.

Le temps semble changer ses propriétés en changeant d’échelle. le temps du vivant n’est pas le temps cyclique des objets célestes, et, le temps de ces mêmes objets n’est pas celui de l’espace entre ces mêmes objets puisqu’il est lui-même un temps, un espace-temps. Ce temps dont nous aimerions qu’il soit une référence unique et immuable est un système qui varie en fonction des échelles de grandeur comme s’il était, en fait, quelque chose que nous ne pouvons pas saisir avec notre esprit comme nous saisissons un simple objet. Il exprime une variation. Elle bouscule nos représentations et notre attitude envers le traditionnel objet lequel ne peut plus se définir clairement comme une entité séparée avec des propriétés précises, et, avec lequel une dialectique peut se mettre en place.

Pour saisir cette variation, nous sommes obligés de penser avec des échelles de grandeurs qui, en fonction du barreau sur lequel nous nous trouvons, modifient les propriétés de celle-ci. Ce qui est début et fin à un niveau de l’échelle n’est qu’un changement d’état sur un autre niveau. Et ce changement d’état qui peut faire histoire pour un observateur localisé n’est que la fonction d’une propriété à un autre niveau lequel ne comporte aucune possibilité d’historicité parce qu’il n’y a pas de localisation. Ou encore : où se situerait l’espace-temps par rapport à l’univers ?

Ne sommes-nous pas réduits comme l’expriment Damascius, surtout dans premier livre sur les premiers principes, et, comme Georges Spencer Brown, dans son laws of form, à ne pouvoir prendre en compte, dans ces questions, que les limites mêmes de notre esprit qui ne peut établir que des distinctions par rapport à un état indistingué ?

“Ainsi donc il faut dire : de même que la raison s’est distinguée de l’être, en tant que distinguée et a aussi fait apparaître celui-ci, séparé d’elle-même, en tant qu’indistinct […].” (Damascius)

Damascius pose la question de la distinction/indistinction comme philosophe et dialecticien ; Georges Spencer Brown pose cette même question comme mathématicien (mais une mathématique non uniquement numérique) puisque dans sa pensée le numérique comme le dialectique ne sont que les conséquences logiques d’une construction plus abstraite, les lois des formes.